dimanche 2 février 2020

Magne t-on, creuse t-on ?!

-"moi, je n'ai pas très faim !"

Entrée inférieure du boyau des "roussettes"
L'actualité spéléo "liégeoise" fait que, depuis septembre 2019, le trou Wuinant post siphons est accessible en passant les ex longs verrous noyés seulement via quelques apnées. Plusieurs membres de Continent 7 ont alors eu l'occasion de se joindre aux différents clubs qui sont sur le coup; le GRSC et le SC Cascade déjà très actifs sur le secteur mais aussi le SC Avalon venu en renfort.

Ceci nous a amené à nous intéresser à ce beau vallon sauvage qu'offre la Magne et que plusieurs d'entre nous ont fréquenté plus ou moins assidûment dans leur jeunesse et même plus tard.

Après être descendus plusieurs fois au Wuinant pour aider nos collègues à grimper, baliser, topoter, photographier, plonger, bref réexplorer l'incroyable collecteur, faire le tour des phénomènes de surface s'imposait pour mieux cerner le système.

Le trou "horizontal", un des nombreux chantiers GRSC, tout en amont du recoupement de méandre
C'est ce que j'ai fait en partie par le plateau en sortant du Wuinant le 11-01-2020 en compagnie de Frits avec qui j'avais parcouru bois, prairies, ravins et berges amont de la Magne. Impressionnant de se rendre compte à l'air libre tout le chemin qu'on parcours sous terre ! 


Avec la perspective qu'offre la nouvelle topographie en cours, exécutée par l'expert Paul De Bie, et un bout de première réalisé derrière un S3 abaissé la semaine précédente, il nous fallait absolument aller revoir deux petites cavités situées dans l'axe, dans un coude prononcé de la rivière, une centaine de mètres séparant ces deux points.

Avec Bobo Theck (on ne pouvait espérer meilleur guide car il connait l'endroit par cœur), Cédric et moi y avons passer l'après midi du vendredi 31/01/2020.

Nous avons ainsi revu en rive gauche au niveau convoité, outre quelques petits phénomènes bouchés, le "boyau des roussettes" (Akwa 427-190). Avec une entrée inférieure au pied d'une sympathique petite falaise et une ouverture dans le talus quelques 10 m en contrehaut et ventilées. De prime abord, le petit conduit de droite en bas me semble être l'ancienne perte et Cédric qui a bravé l'odeur de blaireau pour voir le terminus, pense que ça pourrait être travaillé, après avoir rendu l'entrée un peu plus sympathique.

P7 d'entrée du "Matin Calme", au final pas trop instable
En remontant ensuite le talus, nous tombons un peu en aval sur une doline, ex-perte de la Magne. C'est le trou du "matin calme" (drôle de nom...), ouvert par Abyss et le GRSC, conjointement ou pas mais les deux y ont travaillé et pas un peu ! Pour finalement le délaisser... 
On y place une C10 et Cédric pointe le fond. Pas mal dira t il, faudrait les encourager à reprendre ce chantier.

Retour via le gué de St Hadelin pour donner un coup de main très ponctuel mais efficace et apprécié, à Patrice D. et Francis P. (GRSC) à l’œuvre dans le Trou de la Haminte (une autre histoire)


Le lendemain, samedi 01/02/2020, c'est à 7 que nous nous retrouvons sur le parking habituel, impatients de retourner en amont du Wuinant pour voir où nous mènera l'affluent derrière la voute mouillante (plutôt souillante !!) du S3. Mais la météo n'est pas avec nous, il tombe des cordes en trombe !  Un pow-pow de circonstance s'impose. Bien que nous ayons connu cet hiver plusieurs épisodes très pluvieux, nous avons toujours pu franchir les voutes basses. Mais nous avons aussi constaté qu'entre deux visites, l'eau avait recoulé dans les zones siphonnantes. Qui sait si elles avaient été remises en charge momentanément ?

Paul consulte Aqualim et nous voyons le débit de la Magne passer en une demi heure de temps de 1m3 à 2m3... Prudents et raisonnables, et tout aussi inquiets pour notre réputation (4 d'entre-nous sont membres de spéléo secours ;-) que par l'idée de se faire bloquer, nous décidons d'être sages !

Surveillance de la Magne via Aqualim

Du coup, nous formons deux équipes. Paul, Erik et Frits feront la topo des puits d'entrée et par la même occasion verrons en direct -après que Frits ait fait malgré tout une "petite" reconnaissance en amont- la rivière se remettre à couler et à une vitesse v-v' et alors réamorcer le S1. Bien nous a prit de ne pas tenter le diable !

La crue arrive à l'aval du S1 ! (photo Paul De Bie)

PDu, Cédric, Bobo et moi optons pour retourner en bordure de la Magne, pour sonder les deux chantiers observés la veille. Le gué de Saint Hadelin impraticable, nous faisons un grand tour pour atteindre la doline du "matin calme" perdu dans un chablis, qui me fait dire que ça n'a pas toujours été le cas... Ced et moi descendons le puits et pendant 3 bonnes heures, nous remplissons et tirons une centaine de seaux, non sans avoir mis à l'abri une famille de tritons et une grenouille.


Tritons (bien qu'ils soient quatre...)
Alors que nos prédécesseurs avaient tenté la suite vers le N, j'ai opté pour tenté vers le Sud, vers le Wuinant. Au début, rien de vraiment évident mais au fur et à mesure, un conduit de 40 à 50 cm de large est apparu. Un mètre cube de sédiments et secs ont été extrait sans difficulté; "Y'a plus ka "poursuivre en gardant le même gabarit pour travailler à l'aise ! En espérant que ça ne fera pas 10 m de long...




Pendant ce temps, Patrice et Bobo sont allés tenter leur chance dans le boyau des roussettes, pouvant observer au passage la Magne en furie ! Et pour cause, vers 12h, elle a atteint un pic de 7m3 !

Au plus fort de la crue, ici au niveau des Roussettes, l'eau passait sur le bloc en avant plan...
Percevant un courant d'air soufflant aux deux entrées, il se sont acharné dans une fissure espérant entrer dans le massif. Mais au bout du compte, ils ne feront qu'un malheureux bouclage avec du connu :-( 
Restera à revoir le conduit qui "blaire". Chantier probablement un peu difficile mais pour moi une option intéressante pour rejoindre le Wuinant. 

Croquis exhumé des archives de Robert Theck, daté de l'été 1993 et représentant le boyau des Roussettes.
La décrue en cours (lentement),  nous rentrons par le gué qu'on traverse avec l'eau jusqu'aux genoux (pour certains ;-) et en observant que le chantoir principal a absorbé une grosse quantité d'eau, forcément. La Haminte a elle été épargnée.


Cela étant, notre idée n'est pas de nous acharner sur les chantiers décrits, nous délaissons déjà trop ceux que nous avons de notre côté en cours et en projet. Espérons seulement que ça donnera envie à ceux qui bossent là avec tant de persévérance de les reprendre et poursuivre avec succès Sans toutefois refuser de continuer à venir en renfort ponctuellement.


Le gué de St Hadelin en haute eaux

Pour ce qui se passe au Wuinant, cela fait déjà l'objet de différents compte-rendus sommaires sur les blogs et pages Facebook, dont la nôtre.  Quelques photos et vidéos circulent aussi.

Un résumé de notre participation reste à rédiger.

Teste et photos
Jack (JC London)



dimanche 19 janvier 2020

Osez Ozer Joséphine !




L'hiver venu, alors que les chauves-souris se réfugient sous terre pour hiberner, les bénévoles de PLECOTUS eux se réveillent ! Comme chaque année, nous spéléos n'y coupons pas, ils nous contactent alors pour les aider à effectuer leurs recensements dans les cavités dont nous disposons de l'accès ou pour les assister techniquement à visiter une ou l'autre grotte.

Le trou Ozer situé à Chôdes sur la commune de Malmedy était un de leur objectif car n'avait jamais fait l'objet d'un comptage des CS qui auraient choisi ce gouffre comme refuge. 
Formée dans le poudingue, faites de puits, de hautes diaclases, d'étroitures, cette cavité est d'abord étonnante mais aussi sportive.


C'est ainsi que Pierrette avait contacté l'UBS pour obtenir de l'aide à l'équipement et la guider elle et Jonathan. Connaissant notre attachement au Trou Ozer, Loran est naturellement venu à nous, C7 pour les accompagné. Il faut savoir qu'historiquement, des membres du club, anciennement du CLAP et Casa je pense, y ont usé leurs fonds de salopettes, en ouvrant le réseau "89" et ensuite le "91", approfondissant le trou mais surtout en découvrant un fond aux dimensions étonnantes. Et du coup, à l'époque de la FNSA, les spéléos aqualiens avaient dans le cadre du projet spéléo "Adopt a cave" pris le trou en charge.


Restait quand même à obtenir l'autorisation de visite du DNF car si l'orifice d'accès fut repris sous gestion de la commission PROTAC de l'UBS, nous n'avions plus grand chose à dire depuis que l'orifice et le périmètre de la grotte (800m2...) furent classés Réserve Nationale Belge.

Quelques courriers échangés et nous avions finalement Bobo et moi le blanc seing de l'Administration pour accompagner ce 3 janvier 2020 les deux spécialistes de Natagora.
Nous avions au préalable vérifié que le cadenas pourrait être ouvert. C'était le cas, et pour cause, il avait disparu... C'était à craindre, vu le manque de suivi ces dernières années. Avec de surcroit un surcreusement sous la porte mais là au final, ça a aura aidé les chauves-souris à pénétrer dans le trou. Mais faudrait pas que le ravinement ne fasse plus de dégâts.




Amarrage de tête à l'arbre, fractio sur une des broches dans l'encadrement de la porte et je commence la descente, la C65 défilant du kit. A peine à -5, déjà une bestiole ! Sangle installé à -6 sur le piquet toujours en place, j'équipe la MC d'accès au puits des Blancs Moussis. Et ici encore une autre boule de poils ! Jonathan qui me suit en verra encore d'autres tout au long de sa descente de cette première verticale, Pierrette aussi. Je poursuis ainsi l'équipement jusqu'au fond de l'ancien réseau où sont encore dissimulées des spécimens. Et vu la hauteur de la diaclase, forte chance que certaines échappent à la vue de nos deux traqueurs. Nous poursuivons tous les quatre via un passage bas qui nous mène dans la belle galerie du "Métro". Et là, dans le passage, un grand murin accroché au plafond.

La suite se corse puisque pour aller au fond, il faut s'engager dans une diaclase étroite, ponctuée d'un sérieux rétrécissement et donnant accès au ressaut des vérins. J'avais le souvenir qu'il était sélectif et de fait, même notre ami Bobo a bien du mal à le passer, ce qui le défranchira pour la suite encore plus tordue alors qu'il est pourtant celui qui fit la première. Faut dire que pour atteindre le sommet du Puits Gyser (30m) qui suit, le parcours vertical est vicieux au possible. Je serais d'ailleurs curieux de savoir combien l'ont franchi ?
Jonathan est le seul à suivre, passant un peu en force. Les broches placées à l'époque en compagnie de Patrice me permettent d'équiper et fractionner cette grande longueur et prendre pieds au pied de cette grande diaclase, aux parois de poudingue d'anthologie ! Tandis que je fais quelques photos, Jonathan ratisse les moindres recoins accessibles et dénombre encore quelques mammifères, dont quelques grands murins qu'on ne pouvait rater (même moi !)

Plus que largement satisfaits par cette moisson d'observations, restait plus qu'à s'extraire d'ici, deux kits de cordes bien remplis et sortir sous un immonde crachin typique de l'endroit !

Résultats : 25 chiroptères observés, je vous laisse déchiffrer ! • 1 chiro sp • 1 Myotis naterreri • 2 Plecotus auritus • 12 Myotis mystacinus/brandtii • 2 Myotis emarginatus • 7 Myotis myotis

Voilà donc qui justifie une protection accrue de la cavité, en tout cas en hiver. 



Mais que les choses soient claires : le TROU OZER est  toujours, de part son statut RNB, INTERDIT d'accès 

La commission ProtAc de l'UBS est depuis en relation avec le chef de cantonnement pour envisager une nouvelle collaboration entre l'Administration et la Fédération. C'est en bonne voie. Patience donc et montrons nous respectueux des règles en vigueur !





Textes et photos JCL