mercredi 14 novembre 2007

Les Baumes du Verneau

Dimanche 11 novembre 08
Après notre descente la veille dans le gouffre des Essarlottes (voir le compte rendu) et une nuit assez mouvementée (haro sur les spéléos parisiens qui sont vraiment sans gène...), il nous restait quelques heures de loisir avant le retour en Principauté de Liège et Germanophonie (faut dire qu'en cette journée commémorative de l'Armistice, nous sommes toujours sans gouvernement depuis des mois)


Vu que dans les particules c.a.s.a. du nom du club, le dernier "a" vient d'Alpinisme, pourquoi pas faire un peu de rocher? Mais avec un "a" comme dans "Artificiel", ou plus précisément comme dans viA ferratA. Un bon compromis pour nous qui sommes avant tout spéléo ;-)
Et quoi de mieux pour découvrir cette activité que les parcours qui arpentent les falaises entourant le cirque de la réputée source du fameux réseau Verneau située juste derrière notre gite ? Ok, il fait gris mais au moins on aura la paix !

Topo du site publié par la Comunauté de Communes du Pays d'Ornans

Nous optons pour la "Grande Via". Classée AD, elle est longue de +/-1100 m pour une dénivellé de +/-200m et 500 m de grimpette .

Equipés comme il se doit de longes spéciales (absorbeur d'énergie en cas de chute), d'un casque et d'une paire de gants, il "suffit" de suivre le câble ("la ligne de vie") en s'aidant des agrès fixés judicieusement tout au long d'un cheminement varié. Tantôt en traversée, tantôt à la verticale, tantôt en surplomb., les passages se succèdent, parfois aériens et toujours avec une vue sur le village de Nans S/Ste-Anne et les reliefs aux alentours (le porche de la grotte Sarrazine par exemple).


Il nous aura fallu deux bonnes heures pour boucler le circuit, avec la variante du Château (AD+) et un crochet par la résurgence qui durant la nuit s'était mise en charge. La rivière en forte crue, les cascades sont majestueuses. Il n'était pas temps de s'engager hier dans la traversée du Verneau souterrain ...



Grand merci pour l'accueil au gérant du gite du Lison, à la fromagère pour son sourire, son Comté et son saucisson au noix, ainsi qu'à la météo qui nous a épargné la pluie durant cette randonnée verticale.

C7hristophe, PasC7al, JaC7k


lundi 12 novembre 2007

Le Gouffre des Essarlottes

Sans trop réaliser que le 11 novembre 2007 ne permettait pas un week-end prolongé, nous avions mis au programme une descente dans le Doubs. Et à voir le temps de chien que nous subissions le vendredi soir du départ en Belgique, nous en étions à regretter de ne pas avoir profiter de la fin de l'été indien de la Toussaint pour faire la visite tant convoitée du Gouffre des Essarlottes.

Mais ayant trinqué toute la semaine pour nous libérer et être prêts pour passer deux jours en Franche-Comté, nous décidons de laisser derrière nous neige fondante et bourrasques (résidu d'une grosse tempête en mer du Nord) pour finalement atteindre sous un ciel étoilé Nans s/ Ste-Anne où tout porte à croire qu'il a fait sec. Tant le Verneau que le Lison sont encore à l'étiage.
Du coup, nous voici rassurés, nous n'aurons pas à faire nôtre le dicton bien connu "dans le Doubs, abstiens-toi" ! Nous passons ce qu'il nous reste de la nuit au Gîte du Lison avec la ferme intention de faire la grasse matinée.

Samedi 10/11, l'heure du brunch a sonné et c'est assez surpris que les volets ouverts nous découvrons un paysage blanc. En quelques heures, une fine couche de neige fondante s'est installée sur la région et contraste avec les dernières couleurs automnales de la forêt. Pas de quoi cependant nous inquiéter et nous faire renoncer. C'est même plutôt avec un plaisir d'enfant qui retrouve les premiers flocons que nous faisons la trace sur la route menant à Gevresin et la piste forestière montant sur les hauteurs du village.

Suivant les quelques indications dont nous disposons, nous laissons la camionnette sur un parking de chasse pour aller repérer les deux entrées du réseau de la cavité, toute deux en principe équipées en fixe, hormis le puits d'entrée.


Notre idée est de pénétrer par la Voie aux Vaches (photo ci dessus, cliquez pour agrandir), nouvel accès (intermédiaire) au réseau et ressortir après la visite de l'aval de la rivière par le gouffre des Essarlottes. Ce dernier est rapidement repéré au bout d'un petit thalweg quasi à sec. Une corde est installée dans le premier P10 et nous nous assurons que le second est bien équipé en fixe comme annoncé. Nous n'avons ensuite guère de difficulté à trouver la grande doline de la Voie des Vaches où nous précèdent depuis quelques heures probablement une équipe de français.


Le courant d'air qui parcourt le trou n'est pas pour nous réchauffer. Chaudes ont dû cependant être les désobs d'enfer qui ont ont conduits le G.S. Doubs à "moins quatre-vingt-dix" et jonctionner avec le collecteur. Chaud est aussi l'équipement, non pas qu'il soit casse pipe mais par la présence de 3 (trois !) grosses tonches sur des cordes en fixe trop fatiguées. Nous ne comprenons pas que les gars descendus avant nous aient pu passer dessus sans s'en rendre compte, tout en sachant qu'ils remonteront dessus !
Il y a heureusement sur chaque tronçon abimé assez de mou pour isoler par un noeud de ...vaches... les torons apparents et la gaine entaillée.
C'est par un boyau digne d'un front de taille qu'on prend facilement pied dans une galerie de grandes dimensions au niveau de la salle Victor.

Vers l'aval, la rivière, toute aussi étonnante par son ampleur, est assez vite délaissée pour parcourir la "Marche du Biniou" et la "Galerie des Perles". Un régal ! Même si rien n'est vraiment éclatant, ça vaut vraiment le déplacement surtout sur l'on s'attarde aux détails (cristaux, amorces de perles, sapins d'argile, etc). S'il n'y avait eu tant de buée, on se serait un peu attardés à faire quelques photos un peu recherchées. Mais l'humidité est telle que c'est peine perdue.

Laissant le niveau de base pour le retour, nous poursuivons par les plafonds (E10, corde en place) et la suite fossile également très décorée. La rivière retrouvée au bas d'un ressaut, c'est une longue cavalcade à travers blocs et cascatelles jusqu'à la voute mouillante que nous franchissons, épargnant de justesse de mouiller notre cuissard !


Derrière, bien que le conduit reste des plus engageant, les traces de mise en charge ne laissent aucun espoir : on bute assez rapidement sur le siphon terminal.


Dans un coude en rive gauche, une ficelle pendouille. Et si on allait voir ? Qui sait, le réseau est toujours en explo... Est-ce un trop plein de crue, un affluent amont, en tout cas il est vachement englué mais praticable. Nous le remontons ainsi d'une dizaine de mètres jusqu'à ne plus voir vraiment de trace de passage... Etrange... Difficile dans ces conditions, même très peu engageantes de ne pas aller jeter un oeil critique... Finalement, nous butons au bout de +/- 10 m de ramping gluant sur un bombement infranchissable mais avec vue sur 5 m de boyau forcément vierges. Intéressant ? Pas dit, faudrait voir l'orientation.

Sortis de ce truc complètement crades, c'est le retour. Notre choix (délibéré !) est de passer par l'actif et ses bassins profonds où cette fois ni le cuissard, ni la ceinture ne furent épargnés. Nous arrivons ainsi sur une cascade plus haute que les autres qui jalonnent le parcours. Dans le genre car-wash, on ne fait pas mieux. Qui plus est, pour en sortir, un pas délicat est nécessaire. Le cerveau embué et refroidi, nous franchissons l'obstacle non équipé et tout compte fait trop exposé que pour faire partie du cheminement habituel... Forcément, nous butons rapidement sur un lac profond qui siphonne de toute part, ce que ne semblait pas être le cas sur la topographie (sur le site du congrès FFS)

Notre petite ficelle s'avèrera bien utile pour redescendre assurés la cascade et du coup être trempés jusqu'aux os. Ambiance !
Par un passage latéral qui précéde les baignoires, nous avons alors tôt fait de retrouver la galerie principale.

De retour à la base de la Voie aux Vaches, nous délaissons les cordes disparaissant vers le plafond de la salle Victor ( accès à la galerie supérieure du Balcon) pour filer vers l'amont à la morphologie tout à faire différente. La galerie Jackpot est un large canyon entrecoupé de ressaut que nous pouvons surmonter aisément en varappe sans passer par les équipements hors crues. Ce qui vaudrait dire qu'on peut circuler en haute eaux ? Ca doit être dantesque.

Nous aurions aimé aller voir les autres courts regards sur la rivière principale mais un peu refroidis par nos ablutions, nous nous contentons d'aller jeter un oeil sur son siphon amont avant de nous engager dans la remontée du gouffre des Essarlottes "proprement" dit.

Quatre vingt mètres de puits, ressauts et courts méandres étroits. Progression typiquement à la belge, style chantoire avec d'aileurs en cette fin de journée un bon petit filet d'eau pas toujours facile à éviter et qui n'est autre que la neige qui a fondu petit à petit.



Fondu ? Fondue vous voulez dire ! Au Comté fruité, avec une larme de Kirsh et un p'tit vin blanc du Pays bien-sûr, le tout devant un feu ouvert réconfortant. De quoi reprendre des forces pour aller "ferrater" le lendemain sur les Baumes du Verneau.


Tpst : 6 heures
Participants : Christophe Bando, Jack London et l'Obersturmfürther Pascal Verkenne.


lundi 5 novembre 2007

S 5,4,3,2,1... plongez !



Il ne s'agit pas ici d'un compte à rebours ou du départ d'une ou l'autre compétition mais bien de la reprise des
plongées dans la rivière souterraine de la grotte du Chalet.
Depuis les explos de 2003 et l'opération "Pêtard mouillé", ni Michel Pauwels, ni Jacques Petit n'avaient eu l'occasion de retourner à la pointe, à savoir le siphon 5, reconnu jusque -10. Tout au plus y avait-il eu quelques tentatives de Didier Havelange venu se frotter courageusement aux obstacles proches de l'entrée en vue de pouvoir les soutenir lors de leurs futures explos.
Il fallut attendre qu'un certain Nicolas Hecq commence à graviter (en apesanteur !) autour des deux plongeurs pour qu'un nouveau projet prenne réellement forme. Inscrit assez récemment à l'E.S.S., Nico s'est vite montré apte à les suivre dans des siphons difficiles et engagés. Et donc, pourquoi pas au Chalet ? Invité à plusieurs reprises cet automne, Nico s'est alors mesuré aux verrous noyés; ce qu'il nous relate ci-dessous :

Les Etroitures apprivoisées
Cet après midi, mardi 17/10/2007, Jacques Petit m’a invité pour plonger la Fontaine d’Aywaille.
Cette source a procuré de l’eau "potable" à cette petite bourgade pendant des siècles.
Après quelques tentatives d’explorations il y a bien longtemps déjà, Jacques et Michel Pauwels en ont repris l’investigation et l’ont menée bien loin, très loin, malheureusement hors de portée de nos amis rampants. Leurs efforts sont actuellement arrêtés sur un siphon 5 qui n’attend que poursuite des explos.
J’écoute Jacques qui m’explique la configuration de l’endroit, les joyeusetés qui m’attendent, me donne quelques derniers conseils et je m’immerge.
La visibilité est terrible, je me crois dans le Ressel en un peu beaucoup moins large. La quantité de sédiments sur les parois et sur la corde démontrent qu’il y a un moment que ça n’a plus été plongé. Une fracture à droite me fait repartir à gauche dans l’étroiture du ‘pétard mouillé’, je m’y engage sur le coté, mes bouteilles m’y obligent, ça gratte et passe, la corde 10mm en place m’aide beaucoup, surtout pour le mental.
Un fractio, ça descend et ça remonte. J’y vais et émerge dans le puits où on se mettait à l’eau à l’époque, désormais nommé S1bis. Ensuite redescente à-15, un petit coup de laminoir, une fracture sur le coté genre ‘grande vadrouille’ et je repars pour plomber à -19 dans du large.
Ca remonte, ça ressert, là j’y suis. Cette étroiture verticale que Jacques et Michel m’ont déconseillé de franchir mais bien d’apprivoiser.
Je m’y engage, ça coince bien, je ne force pas. J’essaie, je monte, je descend, je vais à gauche, à droite. Je la sens de mieux en mieux; une vraie serrure ! Il faut que je vois ce que c’est de la repasser. Je remonte donc et me retrouve à -3, pas loin de la cloche mais je m’oblige à rebrousser chemin, l’appréhension du retour étant bien réelle.
Mes essais et la mémorisation de la morphologie de l’endroit vont m’être utile et repasse cette étroiture relax. Celle du ‘pétard mouillé’ sera plus délicate. Comme m’avais dit Michel : "20cm trop haut ou trop bas et tu ne passes pas". Tout ce que je vois est une lumière brune, feutrée, rassurante, les instruments sont maintenant obsolètes.
Et soudain : "mais ou suis-je ?" Une forte lumière et une voix qui me dit :
"Alors c’était comment ?"
Les Etroitures apprivoisées, on remet ça.
Samedi 27/10/2007 : j’ai rendez-vous avec Jacques pour refaire une petite plongée puis pour discuter avec Michel Pauwels et Erik Wouters d’éventuelles prises de vue sous l’eau.
Mon objectif de cet après-midi est de sortir le S2. Tout en m’équipant sous le regard de quelques spéléos curieux et sous les coups de flash d’Erik, Jacques me suggère de pousser jusqu’à la salle du Dr Thiry si je sors le S2.
Je m’immerge, l’eau est moins claire cette fois, elle est légèrement laiteuse. Je ne traîne pas, je passe les étroitures très relax, un miroir, le S1. Là, une échelle monte vers une cheminée toujours à explorer.
Je continue dans le deuxième siphon, un passage bas vers -9 et un horrible laminoir en coude avec la tronche dans la glaise. Ca remonte, nouveau miroir, le S2 est franchi.
Une belle petite salle continuant en diaclase se présente à moi. Un palier de blocs coincés permet de passer au dessus de la rivière. Quelques sangles de nylon sont accrochées aux parois. Je m’en sers pour attacher mon matériel. Je dépose plombs et bouteilles. Petite escalade et quelques passages en opposition. Un renfoncement dans la paroi m’offre la vue de quelques stalactites et d’une coulée de calcite bien blanche. Plongeon dans une grande baignoire où je n’ai pas pied. Re-escalade d’un ressaut de 2 m. Enfin, j’arrive dans la Rivière des Belles Mères.
Cette galerie est large et haute, les traces de passage sont minimes. Quel sentiment de bonheur ! je suis le troisième à découvrir cet endroit. exprimer ce que je ressens vraiment à cet instant n’est pas possible. C’est magique.
Un bruit d’eau courante se fait entendre, je poursuis et arrive dans des « rapides ». Je suis au pied de la salle du Dr Thiry, une grande salle d’une quinzaine de mètre de haut, peu concrétionnée. Les cailloux et rochers présents sur l’éboulis que je commence à escalader témoignent d’éboulements relativement récents. Le petit matériel et les provisions que Jacques et Michel ont stockés dans un coin n’ont pas été touchés. Je suis trempé de sueur dans ma combinaison étanche. Je m’essouffle. Je ne pousserai donc pas plus loin aujourd’hui. Demi tour.
Je rejoins le siphon sans hâte, presque à regret en fait. Ma combi est couverte de boue, ça va être beau la mise à l’eau. Je me rééquipe, faudra pas trainer. La ré-immersion me donne une envie folle d’uriner. 32 minutes se sont écoulées depuis ma sortie mais j’ai complètement perdu la notion du temps. Le charme du post-siphon m’a envahi.
L’eau a eu le temps de détouiller un peu, ce qui n'est pas plus mal. La visi est quand même loin d’être parfaite mais je sais lire mes manos qui m’indiquent que le bi6 est largement suffisant. Je progresse en essayant de ne pas me faire rattraper par la touille que je soulève derrière moi. Pas toujours facile, mais ce n’est pas grave. Le passage bas du S2 m'embête un peu car la corde est au milieu de l’entrée du laminoir et m’oblige à « rouler » autour pour passer.
De nouveau le premier miroir. Je m’arrête un instant pour marquer un point sur l’ordinateur. J’arrive à la dune de glaise. Je vais devoir me retourner pour repasser l’étroiture. Evidemment, je me retrouve en un quart de seconde dans un gros nuage presque palpable. Je me laisse couler et glisse dans cette étroiture que je fini par apprécier. -19 : remontée du grand puits qui donne sur le S1bis et repassage du « Pétard Mouillé » que je n’ai pas encore bien réussi à dompter.
Sortie du siphon tranquille et heureux. Erik est en train de s’équiper avec son binôme.
Leur plongée ne sera pas très concluante.
Une heure plus tard, Michel Pauwels arrive, c’est l’heure du débriefing avec Jacques. Jack qui nous a rejoint également en profite pour nous offrir une dégustation de ce qui sera la future « Plein pot ».
Après 3 années de stand-by, nous reprendrons les explos jeudi prochain !

C'est par mail que Nico nous tiendra au courant des opérations. Morceaux choisis :
Posté le: Jeu Nov 01, 2007
Haaa... chaud aujourd'hui, très chaud ! Je disais que je ne voyais même plus la touille... Je ne voyais plus que les verres de mon masque. Tout mon corps sent le fil maintenant.
Demain, pointe pour Michel. Samedi ce sera mon tour et j'ai comme un doute... On verra... Faut juste que le mental suive...
Qui ki passera au p'ti bourgogne me faire coucou lundi??? Hé, j'étais pas obligé, je pouvais attendre 1/2 heure ou une heure que ça détouille avant de rentrer. Mais j'avais besoin de pisser.

Posté le: Ven Nov 02, 2007
Aujourd'hui, c'est parti pour 4h. Quel bonheur en humide. Ttu te couches dans la rivière glacée et tu te laisses aller.
Mais plonger sans flottabilité, même sans plomb, c'est réapprendre à plonger, surtout quand il faut remonter un P20 sans trop faire de touille (bien qu'avec ce qui avait déjà, j'ai pas pu voire si j'en avais fait !)
J'ai accompagné Michel jusqu'au S3 d'où il parti en pointe seul. Il a poussé jusque -25 dans le puits du S5 avec son fil. Il a rebroussé chemin aussitôt car il était sans flottabilité. + 20 m de gagnés cette fois mais ça descend fort... Le fond n'est pas visible... Mais où va-t-on ???

Demain on y retourne. départ prévu vers 15h, donc pas sortis avant 19h.
Probablement pas de première, c'est moi qui plonge, surtout "pour voir". Mais je commence à me demander si je devrais pas prendre un peu de fil avec... On verra demain.

Posté le: sa Nov 03, 2007 :

Samedi 3/11 : toujours en humide... On a laissé les bouteilles de Michel à l'entrée du S3. C'est mon tour d'aller au delà... Je décide de ne pas prendre de fil, je veux laisser la pointe à MP et ne lui dit pas ;-)
Mise à l'eau (en fait je suis dans la rivière depuis 1h30 déjà !). Je passe la voute mouillante qui me sépare du plongeon dans le S3 très étroit(+- 40m -) . Impossible de faire demi tour. Quelques lames mal placées et la roche est pourrie, s'effrite, quelques passages en "baillonnettes" bien serrant. La sortie se fait à travers un éboulis relativement instable. La petite salle séparant S3 et S4 est en fait le sommet de cet éboulis, les blocs du fond bougent un peu, j'évite de sauter de trop, descente quasi verticale dans le S4 très court, il s'agit d'une fracture à 90° entre les diaclases de S3 et de S5. Cette faille étroite se ressert très fort en plafond, c'est un bras tendu vers le haut que je franchi le point bas. Remontée, encore une belle étroiture et sortie dans une petite cloche.
Je passe entre 2 lames d'érosion et me retrouve dans une diaclase très étroite qui plonge aussitôt. C'est le S5 ! Je m'y engage sur le coté, le courant est épouvantable, mes palmes me sont inutiles, je me tire, je pousse des talons, je force dans ce couloir large de 40cm et j'arrive sur le dessus d'un puits béant de 3m de diamètre. Le noir profond et l'absence totale de courant à cet endroit m'annonce quelques chose de grand et de profond. C'est ici que se termine l'équipement en place de Michel. Je regrette soudain amèrement d'avoir laissé mon dévidoir à l'entrée de S3... ce sera pour la prochaine fois.
Demi tour, je retrouve Michel qui s'est réveillé par ses propres ronflements dans la quiétude de la caverne. Portage du matériel jusqu'au S2... Je remonte mes détendeurs sur mes bouteilles et on est reparti chacun avec une bouteille supplémentaire et un peu de matos. Jacques et Eric Wouters nous attendent au bar du local du C7/Casa. Le passage de ces 2 siphons devient presque routinier, mais ses pièges sont d'autant plus vicieux que la visibilité est complètement nulle.
En sortant du laminoir précédant le grand puits amenant à la dernière étroiture, celle du "Pétard Mouillé", à 10 ou 15m de la sortie, un de mes pieds se coince entre la paroi et la corde à hauteur d'un fractio. Je chipote un peu, des volutes de sédiments s'élèvent et créent des formes inquiétantes. J'ai soudain l'impression d'une présence, j'ai du mal à me dégager et j'ai l'impression qu'on tire sur ma palme. Je me retourne, pas de lumière, ce n'est pas Michel. Sale impression...
Demain, c'est relâche... on plonge mais uniquement comme figurant pour le film d'Eric.

Posté le: di Nov 04, 2007

Aujourd'hui, séance plus soft...
Sous l'impulsion et l'invitation de Jacques Petit, Eric Wouters commence un reportage sur ce trou. Après nous avoir filmé et interviewé ces derniers jours lors des mise/sortie de l'eau, il veut nous filmer sous l'eau dans le S1 et si possible lors du passage des étroitures. Pas évident avec la touille, mais notre caméraman est très doué et nous faisons de gros effort de patience, lenteur de déplacement et nous évitons un maximum de racler le fond. Le pauvre Éric fera 2 plongées de 40min en humide presque sans bouger; une avec Michel puis une plus en amont avec moi, tout deux en étanche évidement... aujourd'hui on se repose... Pas évident, mais le résultat est plutôt convainquant. Je me réjouis de voir ce court métrage terminé.
Et demain boulot...fait chier...

Faute de conditions hydrologiques convenables, il faudra patienter quelques semaines avant de pouvoir envisager la suite du programme dont voici le résumé fait par Nico au retour.
Grotte du Chalet 1/12/2007
Journée portage aujourd'hui.
Ce matin, avec Jacques, on trimballe deux sept litres carbone jusqu'au S2. Je suis Jacques à dix minutes mais c'est encore trop peu pour pouvoir lire mes manos.
On est en étanche, la suite, c’est donc sans Jacques. Je l'abandonne et fait deux fois le trajet pour amener mes deux bouteilles jusqu'au ressaut de six mètres qui précède le S3. C'est chaud, les gouttes coulent de mon front et je suis aussi mouillé dans mon étanche que dehors. Ceci terminé, je n'ai qu'une idée : me casser et rentrer pour soulager ma vessie.
Sortie de la flotte crevé et affamé. Michel est arrivé entre temps. Il s'équipe mais j'y vais cool.
Deux heures après la sortie de l'eau, quelques tartines et quelques clopes après, je me remets à l'eau en humide cette fois avec ma chère jacket (j'ai abandonné l'idée de la Fenzy quand j'ai vu Michel qui s'immergeait 10 minutes avant avec ce truc qui me fait peur, je l’avoue).
Je démarre. C'est vachement lourd une six litres 300 bars à trainer dans un kit... Passage tant bien que mal de l'étroiture du "Pétard Mouillé" et j'attaque ma descente dans le puits du S1.
Soudain, dans une visi nulle, j'amorce un passage étroit que je connais pas... Non, ça bouge ! C'est Michel qui remonte... Pas normal ça. Je vois rien, je le vois pas, je le sens... Il a l'air contrarié...
Je ne bouge plus et il passe. Je continue ? Non, demi tour, y'a un blème. Michel devait m'attendre au S2...
Arrivé en surface, Michel est là et me dit que le kit de corde s'est fait la malle dans le puits. Obligé de le lâcher, cette vielle Fenzi (qui me faisait peur) se remplissait d‘eau plutôt que d’air et après avoir vainement recherché le premier kit dans la touille, il a poursuivi jusqu'à l'étroiture. Il y a vraiment des jours où rien ne va. Après avoir posé son second kit il a décidé de se barrer avant que ça ne finisse en catastrophe. La raison a pris le dessus. Et ce n'est pas plus mal.
Après concertation, je repars. Portage de secours pour ramener les deux kits de Michel et le mien au S1. Je retrouve la bouteille, mais pas la corde. Sortie dans la cloche avec deux bouteilles au lieu d'une, à la limite de l'essoufflement. Dix minutes d'attente et puis retour.
Demain, Michel voudrait qu'on arrête les frais, que je fasse la pointe avec le bi qui est déjà en post-siphon. Moi je veux qu'on termine ce portage et qu'on s'en tienne au programme : topo du S3, S4, S5 jusqu'à -25, et puis pointe au delà. Même si le portage nous prend deux heures de plus, la suite est loin, mais pas trop...
Mais la pluie en dédida autrement.
Il fallut attendre la veille de Noël pour que Michel s'enfile à nouveau les siphons du Chalet et réalise un petit bout de topo jusqu'à la pointe. Il avait bien prévu un petit dévidoir et réalise voir plus loin au cas où, mais l'amarrage sur plomb au bout avait glissé vers le bas, créant une vilaine boucle dans la corde, ce qu'il a préféré arranger en faisant un beau fractionné
Bien vite la topo à jour .

Mise en forme : Jack


dimanche 4 novembre 2007

Découverte Post S7 : Oufti Mannekes !!!


Chronique d'une première annoncée

Si on s'en réfère aux différents résumés déjà parus sur le site d'Avalon (en néerlandais), sur le Spéléoblog et les Horizons Cachés mais aussi dans Regards, on savait le binôme palmé Michel Pauwels/Jacques Petit sur le point de courtcircuiter le S7 impénétrable, la suite étant visible !

Boostée à l'idée de pouvoir reprendre enfin sa course vers l'aval du réseau, l'équipe de Paul De Bie avait les semaines suivantes mis les bouchées doubles pour élimer une fois pour toute et au même titre que les précédents, le siphon "Moche" (S5) pour ensuite pomper le S6.

La date de ce dimanche 25 octobre avait alors été arrêtée pour que plongeurs et pompeurs franchissent ensemble le boyau étroit de la salle des Cinquantenaires.

M'étant impliqué précédemment lors de portage bouteilles et justement occupé à rédiger un article pour le Regards, le SC Avalon avait jugé bon de m'inviter à cette sortie prometteuse. Seule "condition", emporter mon Apn étanche, ma néo et être en forme.

C'est ainsi que on ne peut plus ponctuels et coordonnés, Jacques, Michel et moi retrouvons-nous sur place à 9h30 précises le team Paul, Frank, Mario et Jos. Suivant un plan d'action précis et bien rôdé, le fidèle groupe électrogène est installé et mit en route en bordure de la doline. Dans les sacs minutieusement préparés par les Anversois, une pompe et tout un attirail pour réaliser les travaux d'égouttage et de désobstruction en milieu confiné et plus qu'humide. Pas de mato de plongée cette fois mais en échange deux tuyaux annelés de 10 m en dur et de grosse section à brinqueballer jusqu'au S6.

Tout le bazar est ainsi acheminé par siphons exterminés et boyaux englués jusque derrière "Feu le siphon Moche". C'est là que Monsieur Bricolage entre en action. Scie, bombe de silicone, joints, raccords, rustines, ... toute la panoplie du parfait petit plombier est mise en oeuvre pour qu'une fois l'eau pompée dans le S6, tout le ruisseau soit collecté à partir d'un barrage fabriqué en amont du S5 et puisse repartir canalisé jusque dans la vasque du S7.

Bien que rondement menée, la manoeuvre prend du temps. J'en profite pour mitrailler cette première scène. La suivante consiste à désiphonner le S6 et y passer les nouveaux tuyaux dument reliés de manière étanche aux précédents. La météo clémente de cet automne aidant, le débit est raisonnable et le niveau assez bas. Quelques 10 min après, Paul peut s'engager et franchir le cloaque en traînant derrière lui la pompe jusqu'au point bas. Jacques emboite le pas en trainant les nouveaux tuyaux. Il est suivi de Michel qui fait passer le bidon protégeant la foreuse sur accu. Pendant que Paul met tout en oeuvre pour éliminer le coude récalcitrant du futur shunt et qu'en amont, nos amis s'assurent que tout fonctionne bien, nous -les mineurs wallons- extrayons les bacs de boue liquide du siphon pour faciliter le franchissement d'un coude mal commode. Alors que deux bouts de fil électrique et une pile ont raison de l'obstacle terminal, l'info qu'une pompe a rendu l'âme nous parvient... Il s'avère toutefois que cela n'a pas d'incidence et que l'on peut s'en passer... Par prudence, Mario monte la garde et sera relayé plus tard.

Les blocs enlevés du shunt, nous le franchissons un à un pour fouler du vierge ! C'est haut et large ! Le ruisseau est de nouveau à nos pieds sous de hautes draperies tombant du plafond jusqu'au sol, ce qui nous oblige de suite à un court ramping. Je l'ai a peine franchi que le trio de tête nous annonce au bout d'une quinzaine de mètres la présence d'un... affreux S8 !

Nous ne cherchons pas à en savoir plus car en rive droite, une amorce de galerie s'ouvre dans le plafond. A la queue leu leu, nous franchissons le ressaut pour nous engager dans une galerie à la fois boueuse et recouverte de minuscules cristaux scintillants. Celle-ci se transforme en laminoir avant d'aller buter sur une barrière de concrétions que nous parvenons à forcer pour finalement s'amenuiser dans ce qui ressemble à un amont jusqu'à ne laisser visible qu'un boyau impénétrable sans désob.

Retour à la bifurcation et autres départs délaissés pour tout le monde en espérant y trouver la suite. Mais vu qu'il n'y a pas place pour tout le monde, Frank décide d'empoigner une petite spatule pour aller gratter dans le pertuis dont je viens de parler. Je l'accompagne. Le temps qu'il s'occupe d'arranger sa frontale récalcitrante, je m'applique à abaisser le sol en enlevant des galets de glaise sur une épaisseur de 10 cm. Frank me relaye mais nos deux paires de biceps de bureaucrates en néoprène sont vite dégonflés. C'est bien plus facile d'enlever le casque et expirer un bon coup. Et ça passe ! Reste à se traîner jusqu'au coude qui risque de stopper net notre élan. Mais à ma grande surprise, Frank m'annonce que ça continue ! Et nous voici en train de remonter une galerie ma foi relativement spacieuse et très raide. Et nul doute, il y a un courant d'air ! Nous faisons ainsi par gradin une vingtaine de mètre jusqu'à être gêné en pleine pente par un plancher stalagmitique concrétionné.

-"Faut prévenir les autres !" me dit Frank. -"Natuurlijk ! J'y vais."

Derrière le boyau, j'aperçois Mario à qui j'explique la situation pour qu'il ait chercher les copains et récupère mon apn avant de rejoindre Frank qui à son tour décide de faire la navette pour aller élargir quelque peu le passage. Mais pas assez pour ne pas revenir seul... Cependant, nous avons obtenu l'aval du "Président" pour pousser plus loin notre explo. Paul est en effet occupé à s'acharner un marteau à bout de bras sur une passage qui pourrait court-circuiter le siphon "8".

Ni une ni deux, nous enjambons avec d'infinies précautions le plancher stalagmitique pour finalement atteindre un "col". En effet, derrière ça redescend et nous voici dans de la galerie confortable. Tout surpris de pouvoir évoluer aussi facilement et de surcroit dans du relativement "propre", nous avançons jusqu'à rencontrer le plus beau décor de la grotte, baptisée illico par Frank "Clair-Obscur".


Le temps d'une ou deux photos embuées prises sur le vif, et nous cherchons la suite. A gauche, un boyau semble prometteur mais nécessite d'être agrandi. Ce sera pour plus tard. A droite, ça sent le siphon. Je me vautre dans ce soupirail, certain de buter rapidement sur de l'eau. Et de fait, elle est là mais tellement claire que je ne l'avais pas vue car stagnante. S'il y a une suite, c'est en voûte mouillante.... Et zut, pour en être sûr, il faut se mettre au jus... Prêt à renoncer, je réalise que je suis en néoprène... Rassuré, je m'y lance sans hésitation. Et ça passe ! Une dizaine de mètres avec juste la tête hors de l'eau dans 50 cm de profondeur et me voici au sommet d'une série de cascatelles qui sous l'effet de mes vagues et des brassées de Frank se mettent à couler à grand bruit comme ça doit être parfois le cas lorsque la galerie devient active. A leur pied, de superbes marmites, profondes à souhait. On se croirait à "Océade" lance mon compagnon. Adjugé pour le nom de baptême ! Au bas de cette séries de ressauts désescaladés aisément, nous laissons sur la droite un toboggan remontant tapissé d'une trainée blanchâtre qui semble bien fragile. Mais pour l'instant, la suite de la galerie nous tend les bras. On s'y rue, tantôt debout, tantôt sur les genoux, tantôt couchés. A plusieurs reprises, nous nous attendons à buter sur un siphon car les sédiments se font de plus en plus présents. Mais ça passe à chaque fois, tout en perdant l'air de rien pas mal de dénivellé. Avec un peu de bol, peut-être retrouverons le niveau de base, la rivière pérenne ? Au bout d'une centaine de mètres, en nage, nous butons finalement sur ce que nous redoutions. Het sifon... Dans mon élan, je m'y laisse filer jusqu'aux narines. Boueux et pentu c'est indéniable mais pas bouché directement si j'en crois les bouts de mes pieds...

AMMAÏ ! OUFTI ! C'est tout ce que nous trouvons à dire...Frank en pur flamand et moi en pur wallon.... tout deux sur la même longueur d'ondes.
Quelle première ! On se congratule, plus belges que jamais.

C'est pas tout ça, mais faut remonter maintenant, annoncer la nouvelle aux vrienden. Question d'avoir une idée de la longueur parcourue, je compte mes pas. J'en suis à 110 m estimés quand nous rejoint Paul qui n'en revient pas d'une telle découverte. Et dire que Michel est ressorti sans voir ça (un RDV promis à Madame :-). Une autre Madame pour qui nous avons en ce moment magique une pensée, c'est Annette, qui clouée à la maison des suites de son accident sur la Pierre cette été devra patienter avant de remettre "le pied" sous terre.

L'euphorie de la première passée, j'ai faim, j'ai soif surtout ! Mais il reste encore beaucoup d'efforts à fournir avant de pouvoir profiter d'une bonne bière à la sortie de la grotte et d'une autre à la terrasse du bistrot habituel.

Une galerie photo suivra...
Jack