lundi 5 novembre 2007

S 5,4,3,2,1... plongez !



Il ne s'agit pas ici d'un compte à rebours ou du départ d'une ou l'autre compétition mais bien de la reprise des
plongées dans la rivière souterraine de la grotte du Chalet.
Depuis les explos de 2003 et l'opération "Pêtard mouillé", ni Michel Pauwels, ni Jacques Petit n'avaient eu l'occasion de retourner à la pointe, à savoir le siphon 5, reconnu jusque -10. Tout au plus y avait-il eu quelques tentatives de Didier Havelange venu se frotter courageusement aux obstacles proches de l'entrée en vue de pouvoir les soutenir lors de leurs futures explos.
Il fallut attendre qu'un certain Nicolas Hecq commence à graviter (en apesanteur !) autour des deux plongeurs pour qu'un nouveau projet prenne réellement forme. Inscrit assez récemment à l'E.S.S., Nico s'est vite montré apte à les suivre dans des siphons difficiles et engagés. Et donc, pourquoi pas au Chalet ? Invité à plusieurs reprises cet automne, Nico s'est alors mesuré aux verrous noyés; ce qu'il nous relate ci-dessous :

Les Etroitures apprivoisées
Cet après midi, mardi 17/10/2007, Jacques Petit m’a invité pour plonger la Fontaine d’Aywaille.
Cette source a procuré de l’eau "potable" à cette petite bourgade pendant des siècles.
Après quelques tentatives d’explorations il y a bien longtemps déjà, Jacques et Michel Pauwels en ont repris l’investigation et l’ont menée bien loin, très loin, malheureusement hors de portée de nos amis rampants. Leurs efforts sont actuellement arrêtés sur un siphon 5 qui n’attend que poursuite des explos.
J’écoute Jacques qui m’explique la configuration de l’endroit, les joyeusetés qui m’attendent, me donne quelques derniers conseils et je m’immerge.
La visibilité est terrible, je me crois dans le Ressel en un peu beaucoup moins large. La quantité de sédiments sur les parois et sur la corde démontrent qu’il y a un moment que ça n’a plus été plongé. Une fracture à droite me fait repartir à gauche dans l’étroiture du ‘pétard mouillé’, je m’y engage sur le coté, mes bouteilles m’y obligent, ça gratte et passe, la corde 10mm en place m’aide beaucoup, surtout pour le mental.
Un fractio, ça descend et ça remonte. J’y vais et émerge dans le puits où on se mettait à l’eau à l’époque, désormais nommé S1bis. Ensuite redescente à-15, un petit coup de laminoir, une fracture sur le coté genre ‘grande vadrouille’ et je repars pour plomber à -19 dans du large.
Ca remonte, ça ressert, là j’y suis. Cette étroiture verticale que Jacques et Michel m’ont déconseillé de franchir mais bien d’apprivoiser.
Je m’y engage, ça coince bien, je ne force pas. J’essaie, je monte, je descend, je vais à gauche, à droite. Je la sens de mieux en mieux; une vraie serrure ! Il faut que je vois ce que c’est de la repasser. Je remonte donc et me retrouve à -3, pas loin de la cloche mais je m’oblige à rebrousser chemin, l’appréhension du retour étant bien réelle.
Mes essais et la mémorisation de la morphologie de l’endroit vont m’être utile et repasse cette étroiture relax. Celle du ‘pétard mouillé’ sera plus délicate. Comme m’avais dit Michel : "20cm trop haut ou trop bas et tu ne passes pas". Tout ce que je vois est une lumière brune, feutrée, rassurante, les instruments sont maintenant obsolètes.
Et soudain : "mais ou suis-je ?" Une forte lumière et une voix qui me dit :
"Alors c’était comment ?"
Les Etroitures apprivoisées, on remet ça.
Samedi 27/10/2007 : j’ai rendez-vous avec Jacques pour refaire une petite plongée puis pour discuter avec Michel Pauwels et Erik Wouters d’éventuelles prises de vue sous l’eau.
Mon objectif de cet après-midi est de sortir le S2. Tout en m’équipant sous le regard de quelques spéléos curieux et sous les coups de flash d’Erik, Jacques me suggère de pousser jusqu’à la salle du Dr Thiry si je sors le S2.
Je m’immerge, l’eau est moins claire cette fois, elle est légèrement laiteuse. Je ne traîne pas, je passe les étroitures très relax, un miroir, le S1. Là, une échelle monte vers une cheminée toujours à explorer.
Je continue dans le deuxième siphon, un passage bas vers -9 et un horrible laminoir en coude avec la tronche dans la glaise. Ca remonte, nouveau miroir, le S2 est franchi.
Une belle petite salle continuant en diaclase se présente à moi. Un palier de blocs coincés permet de passer au dessus de la rivière. Quelques sangles de nylon sont accrochées aux parois. Je m’en sers pour attacher mon matériel. Je dépose plombs et bouteilles. Petite escalade et quelques passages en opposition. Un renfoncement dans la paroi m’offre la vue de quelques stalactites et d’une coulée de calcite bien blanche. Plongeon dans une grande baignoire où je n’ai pas pied. Re-escalade d’un ressaut de 2 m. Enfin, j’arrive dans la Rivière des Belles Mères.
Cette galerie est large et haute, les traces de passage sont minimes. Quel sentiment de bonheur ! je suis le troisième à découvrir cet endroit. exprimer ce que je ressens vraiment à cet instant n’est pas possible. C’est magique.
Un bruit d’eau courante se fait entendre, je poursuis et arrive dans des « rapides ». Je suis au pied de la salle du Dr Thiry, une grande salle d’une quinzaine de mètre de haut, peu concrétionnée. Les cailloux et rochers présents sur l’éboulis que je commence à escalader témoignent d’éboulements relativement récents. Le petit matériel et les provisions que Jacques et Michel ont stockés dans un coin n’ont pas été touchés. Je suis trempé de sueur dans ma combinaison étanche. Je m’essouffle. Je ne pousserai donc pas plus loin aujourd’hui. Demi tour.
Je rejoins le siphon sans hâte, presque à regret en fait. Ma combi est couverte de boue, ça va être beau la mise à l’eau. Je me rééquipe, faudra pas trainer. La ré-immersion me donne une envie folle d’uriner. 32 minutes se sont écoulées depuis ma sortie mais j’ai complètement perdu la notion du temps. Le charme du post-siphon m’a envahi.
L’eau a eu le temps de détouiller un peu, ce qui n'est pas plus mal. La visi est quand même loin d’être parfaite mais je sais lire mes manos qui m’indiquent que le bi6 est largement suffisant. Je progresse en essayant de ne pas me faire rattraper par la touille que je soulève derrière moi. Pas toujours facile, mais ce n’est pas grave. Le passage bas du S2 m'embête un peu car la corde est au milieu de l’entrée du laminoir et m’oblige à « rouler » autour pour passer.
De nouveau le premier miroir. Je m’arrête un instant pour marquer un point sur l’ordinateur. J’arrive à la dune de glaise. Je vais devoir me retourner pour repasser l’étroiture. Evidemment, je me retrouve en un quart de seconde dans un gros nuage presque palpable. Je me laisse couler et glisse dans cette étroiture que je fini par apprécier. -19 : remontée du grand puits qui donne sur le S1bis et repassage du « Pétard Mouillé » que je n’ai pas encore bien réussi à dompter.
Sortie du siphon tranquille et heureux. Erik est en train de s’équiper avec son binôme.
Leur plongée ne sera pas très concluante.
Une heure plus tard, Michel Pauwels arrive, c’est l’heure du débriefing avec Jacques. Jack qui nous a rejoint également en profite pour nous offrir une dégustation de ce qui sera la future « Plein pot ».
Après 3 années de stand-by, nous reprendrons les explos jeudi prochain !

C'est par mail que Nico nous tiendra au courant des opérations. Morceaux choisis :
Posté le: Jeu Nov 01, 2007
Haaa... chaud aujourd'hui, très chaud ! Je disais que je ne voyais même plus la touille... Je ne voyais plus que les verres de mon masque. Tout mon corps sent le fil maintenant.
Demain, pointe pour Michel. Samedi ce sera mon tour et j'ai comme un doute... On verra... Faut juste que le mental suive...
Qui ki passera au p'ti bourgogne me faire coucou lundi??? Hé, j'étais pas obligé, je pouvais attendre 1/2 heure ou une heure que ça détouille avant de rentrer. Mais j'avais besoin de pisser.

Posté le: Ven Nov 02, 2007
Aujourd'hui, c'est parti pour 4h. Quel bonheur en humide. Ttu te couches dans la rivière glacée et tu te laisses aller.
Mais plonger sans flottabilité, même sans plomb, c'est réapprendre à plonger, surtout quand il faut remonter un P20 sans trop faire de touille (bien qu'avec ce qui avait déjà, j'ai pas pu voire si j'en avais fait !)
J'ai accompagné Michel jusqu'au S3 d'où il parti en pointe seul. Il a poussé jusque -25 dans le puits du S5 avec son fil. Il a rebroussé chemin aussitôt car il était sans flottabilité. + 20 m de gagnés cette fois mais ça descend fort... Le fond n'est pas visible... Mais où va-t-on ???

Demain on y retourne. départ prévu vers 15h, donc pas sortis avant 19h.
Probablement pas de première, c'est moi qui plonge, surtout "pour voir". Mais je commence à me demander si je devrais pas prendre un peu de fil avec... On verra demain.

Posté le: sa Nov 03, 2007 :

Samedi 3/11 : toujours en humide... On a laissé les bouteilles de Michel à l'entrée du S3. C'est mon tour d'aller au delà... Je décide de ne pas prendre de fil, je veux laisser la pointe à MP et ne lui dit pas ;-)
Mise à l'eau (en fait je suis dans la rivière depuis 1h30 déjà !). Je passe la voute mouillante qui me sépare du plongeon dans le S3 très étroit(+- 40m -) . Impossible de faire demi tour. Quelques lames mal placées et la roche est pourrie, s'effrite, quelques passages en "baillonnettes" bien serrant. La sortie se fait à travers un éboulis relativement instable. La petite salle séparant S3 et S4 est en fait le sommet de cet éboulis, les blocs du fond bougent un peu, j'évite de sauter de trop, descente quasi verticale dans le S4 très court, il s'agit d'une fracture à 90° entre les diaclases de S3 et de S5. Cette faille étroite se ressert très fort en plafond, c'est un bras tendu vers le haut que je franchi le point bas. Remontée, encore une belle étroiture et sortie dans une petite cloche.
Je passe entre 2 lames d'érosion et me retrouve dans une diaclase très étroite qui plonge aussitôt. C'est le S5 ! Je m'y engage sur le coté, le courant est épouvantable, mes palmes me sont inutiles, je me tire, je pousse des talons, je force dans ce couloir large de 40cm et j'arrive sur le dessus d'un puits béant de 3m de diamètre. Le noir profond et l'absence totale de courant à cet endroit m'annonce quelques chose de grand et de profond. C'est ici que se termine l'équipement en place de Michel. Je regrette soudain amèrement d'avoir laissé mon dévidoir à l'entrée de S3... ce sera pour la prochaine fois.
Demi tour, je retrouve Michel qui s'est réveillé par ses propres ronflements dans la quiétude de la caverne. Portage du matériel jusqu'au S2... Je remonte mes détendeurs sur mes bouteilles et on est reparti chacun avec une bouteille supplémentaire et un peu de matos. Jacques et Eric Wouters nous attendent au bar du local du C7/Casa. Le passage de ces 2 siphons devient presque routinier, mais ses pièges sont d'autant plus vicieux que la visibilité est complètement nulle.
En sortant du laminoir précédant le grand puits amenant à la dernière étroiture, celle du "Pétard Mouillé", à 10 ou 15m de la sortie, un de mes pieds se coince entre la paroi et la corde à hauteur d'un fractio. Je chipote un peu, des volutes de sédiments s'élèvent et créent des formes inquiétantes. J'ai soudain l'impression d'une présence, j'ai du mal à me dégager et j'ai l'impression qu'on tire sur ma palme. Je me retourne, pas de lumière, ce n'est pas Michel. Sale impression...
Demain, c'est relâche... on plonge mais uniquement comme figurant pour le film d'Eric.

Posté le: di Nov 04, 2007

Aujourd'hui, séance plus soft...
Sous l'impulsion et l'invitation de Jacques Petit, Eric Wouters commence un reportage sur ce trou. Après nous avoir filmé et interviewé ces derniers jours lors des mise/sortie de l'eau, il veut nous filmer sous l'eau dans le S1 et si possible lors du passage des étroitures. Pas évident avec la touille, mais notre caméraman est très doué et nous faisons de gros effort de patience, lenteur de déplacement et nous évitons un maximum de racler le fond. Le pauvre Éric fera 2 plongées de 40min en humide presque sans bouger; une avec Michel puis une plus en amont avec moi, tout deux en étanche évidement... aujourd'hui on se repose... Pas évident, mais le résultat est plutôt convainquant. Je me réjouis de voir ce court métrage terminé.
Et demain boulot...fait chier...

Faute de conditions hydrologiques convenables, il faudra patienter quelques semaines avant de pouvoir envisager la suite du programme dont voici le résumé fait par Nico au retour.
Grotte du Chalet 1/12/2007
Journée portage aujourd'hui.
Ce matin, avec Jacques, on trimballe deux sept litres carbone jusqu'au S2. Je suis Jacques à dix minutes mais c'est encore trop peu pour pouvoir lire mes manos.
On est en étanche, la suite, c’est donc sans Jacques. Je l'abandonne et fait deux fois le trajet pour amener mes deux bouteilles jusqu'au ressaut de six mètres qui précède le S3. C'est chaud, les gouttes coulent de mon front et je suis aussi mouillé dans mon étanche que dehors. Ceci terminé, je n'ai qu'une idée : me casser et rentrer pour soulager ma vessie.
Sortie de la flotte crevé et affamé. Michel est arrivé entre temps. Il s'équipe mais j'y vais cool.
Deux heures après la sortie de l'eau, quelques tartines et quelques clopes après, je me remets à l'eau en humide cette fois avec ma chère jacket (j'ai abandonné l'idée de la Fenzy quand j'ai vu Michel qui s'immergeait 10 minutes avant avec ce truc qui me fait peur, je l’avoue).
Je démarre. C'est vachement lourd une six litres 300 bars à trainer dans un kit... Passage tant bien que mal de l'étroiture du "Pétard Mouillé" et j'attaque ma descente dans le puits du S1.
Soudain, dans une visi nulle, j'amorce un passage étroit que je connais pas... Non, ça bouge ! C'est Michel qui remonte... Pas normal ça. Je vois rien, je le vois pas, je le sens... Il a l'air contrarié...
Je ne bouge plus et il passe. Je continue ? Non, demi tour, y'a un blème. Michel devait m'attendre au S2...
Arrivé en surface, Michel est là et me dit que le kit de corde s'est fait la malle dans le puits. Obligé de le lâcher, cette vielle Fenzi (qui me faisait peur) se remplissait d‘eau plutôt que d’air et après avoir vainement recherché le premier kit dans la touille, il a poursuivi jusqu'à l'étroiture. Il y a vraiment des jours où rien ne va. Après avoir posé son second kit il a décidé de se barrer avant que ça ne finisse en catastrophe. La raison a pris le dessus. Et ce n'est pas plus mal.
Après concertation, je repars. Portage de secours pour ramener les deux kits de Michel et le mien au S1. Je retrouve la bouteille, mais pas la corde. Sortie dans la cloche avec deux bouteilles au lieu d'une, à la limite de l'essoufflement. Dix minutes d'attente et puis retour.
Demain, Michel voudrait qu'on arrête les frais, que je fasse la pointe avec le bi qui est déjà en post-siphon. Moi je veux qu'on termine ce portage et qu'on s'en tienne au programme : topo du S3, S4, S5 jusqu'à -25, et puis pointe au delà. Même si le portage nous prend deux heures de plus, la suite est loin, mais pas trop...
Mais la pluie en dédida autrement.
Il fallut attendre la veille de Noël pour que Michel s'enfile à nouveau les siphons du Chalet et réalise un petit bout de topo jusqu'à la pointe. Il avait bien prévu un petit dévidoir et réalise voir plus loin au cas où, mais l'amarrage sur plomb au bout avait glissé vers le bas, créant une vilaine boucle dans la corde, ce qu'il a préféré arranger en faisant un beau fractionné
Bien vite la topo à jour .

Mise en forme : Jack


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